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Endurance en Montagne Ardéchoise

Des Cévennes aux Boutières pour la rentrée 2013

23 Septembre 2015 , Rédigé par Le Bourrin Ardéchois Publié dans #Sorties à vélo

Le Cheylard

Le Cheylard

Ultra tour du Mont Aigoual, 1er septembre 2013, dans la montée du Col du Perjuret

Ultra tour du Mont Aigoual, 1er septembre 2013, dans la montée du Col du Perjuret

Où est le Bourrin, derrière Eric?

Où est le Bourrin, derrière Eric?

"Le destin conduit celui qui accepte. Celui qui refuse, il le traine". Sénèque.

Dimanche 1er septembre 2013, 4 h de matin, le réveil est piquant dans ce petit hôtel de Meyrueis. Arrivés la veille en voiture, mes trois compagnons de chambrée s'apprêtent à prendre le départ de l'Ultra Tour du Mont Aigoual, une épreuve de quelques 270 km et 4800 m de dénivelée qui les ramènera à leur voiture dans l'après-midi. Le lever est efficace, rangements, habillage, solide petit déjeuner à côté d'autres concurrents, prise des vélos puis de position dans le sas de départ. L'épreuve est chronométrée, une course.

La narration d'Eric, complète et précise what else?

Arrivé la veille du Cheylard à vélo, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé Eric Lapuyade et quelques copains de l'AC Clapiers pour une sympathique soirée dans ce village qui a pris des couleurs cyclistes. Eux mangent leurs féculents en prévision de l'exercice du lendemain, j'avale les miens pour refaire les niveaux après les 200 km à travers le Plateau Ardéchois, le Gévaudan et les Causses.

Le matin de ce dernier samedi d'août de cette année pour moi charnière, une de plus et qu'est-ce que j'aimerais enfin parvenir à ne plus tourner portes et pages, ce matin là, donc, j'avais tout simplement emménagé dans mon nouvel appart' du Cheylard; dans lequel je resterai deux semaines!

Le coup de feu donné à 5h, je me positionne dans le peloton des coursiers qui attaquent d'emblée la montée au Col du Perjuret. La température est douce, le ciel clair, et nous progressons à vive allure dans l'obscurité illuminée des petites lumières des uns et des autres faisant flamboyer les gilets réfléchissants. J'ai adoré cet effort dans sa singulière ambiance d'un peloton aux habituels bruits rendus plus audibles encore par la cécité.

Une quarantaine de minutes et nous voilà au col. J'y laisse partir mes compagnons à droite vers le Mont Aigoual, me lance dans la descente vers Florac. Dans les ténèbres, le passage au silence est saisissant. Je sais aller vers mon destin. Dans l'ignorance. Charnière. Que trouverai-je derrière la porte?

Professionnellement, il s'agit d'un retour contraint dans l'enseignement après une expérience qui s'est dramatiquement et brutalement achevée dans la boulangerie, en présence d'armes à feu. Ca y est, je l'ai dit. Mois après mois, vous étiez une quinzaine à savoir. Une pièce du puzzle. 25 ans de rêves, et même 40, 1 an de travail de préparation, le passage du CAP de boulanger, 6 mois d'exercice enrichissant du métier dans les Alpes de Haute Provence, à nouveau 3 mois de construction pour se lancer en solitaire, les dernières mises au point, ça allait commencer demain, et puis, ce jour de mai 2013, la chute, la descente aux enfers. Encore. Déjà.

Je ne veux plus de ça. Plus jamais. De l'audace, oui, encore, mais trois tragédies, et demi, ça suffit pour une vie.

Cette rentrée 2013 ne sera pas qu'une charnière professionnelle. Et ça, je ne le sais pas encore dans cette descente à l'aube maintenant naissante. Je le saurai dès le lendemain,disons dans la semaine qui suit.

Comme de tradition, je m'arrête au virage surplombant le village de Fraissinet de Fourques. Devant la stèle. Là s'est le 10 juillet 1960 soudainement arrêtée la carrière de Roger Rivière, à l'âge de 24 ans, un des champions les plus doués de l'Histoire du vélo. Une falaise, un saut de 20 mètres, une réception fracassante. Des vertèbres fracturées, la moelle épinière irréversiblement détériorée. Une vie brisée. Une immense tragédie qui s'achèvera par un décès prématuré en 1976 après 15 ans de souffrance et de drogues.

Ce jour de passage, encore, mon imagination, ma tristesse. Empathie a posteriori. Ce jour d'écriture, pour moi, de lecture pour toi, peut-être pensons-nous à la même chose...

Le récit de la suite de mon étape va paraître bien fade, superflu. Non, pas odieux. 55 ans après, et puis la vie continue, celle-des-autres-c'est-terrible. Terrible de perdre et d'autres gagnent. Ne jamais jamais moquer celui qu'on nomme honteusement looser, le respecter plus encore, le laisser tranquille, ne jamais jamais vénérer les "winners". La nature est amorale, la nature est cruelle.

La nature est magnifique, la nature est parfaite. Tout est à sa place, c'est ainsi. L'équilibre. Je suis croyant. Je crois en la Nature. En son harmonie.

Il y a l'humain. Il en est. J'en suis. Il s'est octroyé des pouvoirs. Beaucoup le dépassent.

L'humain pédale. Quelques-uns. Le vélo, l'invention du XXième siècle, rien que ça (je sais, elle a débuté avant), la plus belle, avec oui la machine à laver le linge, dans un autre genre, pour la moitié féminine de l'espèce, surtout, bientôt appelée à ce qu'on appelle travail... Libération?

Quand on y pense, le vélo, waow! Mieux encore que le roller, génial ça des roues aux pieds mais étouffé et de fait interdit par la voiture. La voiture, l'erreur. Ne pas savoir se dire non, ne pas savoir nous dire non. Le pêché originel est là: ne pas savoir se dire non. Prendre automatiquement la plus grande pente. Comportement hydrique. Construire des barrages ne nous sauvera pas. Cumuls pervers.

Bon, et mon parcours? La trilogie Finiels, Goulet, Mercoire en plat de résistance. L'espézonnette, St Cirgues, le Gerbier au dessert. J'arrive au Cheylard en début d'après-midi.

Dimanche 1er août, le Cheylard, 15h. Que faisais-tu alors? Moi, un cafard terrible. Je ne veux pas aller m'enfermer dans l'appart, seul, y retrouver mes affaires de prof délaissées dans la joie 14 mois avant, un jour de grand excitation; j'avais réussi! Pas réouvrir ces livres. Pas encore. Demain! Ce dimanche je traine dans les rues, le long de la Dorne, à pied. Je visite ma nouvelle petite ville. Qu'y trouverai-je? J'ai peur.

Lundi 2 septembre 2013, 9 heures. C'est la rentrée, la pré-rentrée. 9 h et puis 10 h et puis 11 h et puis l'après-midi.

Tout ça pour ça?

Une semaine après. Les rues du Cheylard, le sentier le long de la Dorne.

Tout ça pour ça?

Je n'ai plus peur. Je sais, de le dire, ce n'est pas forcément bon signe. Comme un soutien à la volonté. Comme une peur de ne pas y arriver. Je sais. La peur, les doutes.

Je n'ai plus peur!

Des Cévennes aux Boutières pour la rentrée 2013
Des Cévennes aux Boutières pour la rentrée 2013

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Olive 24/09/2015 20:21

Le passé est un phare non un port .....Les beaux jours reviennent " grand " ....à bientôt soit sur un vélo , dans des baskets ou sur des skis ....quelle polyvalence à notre âge :-)

Le Bourrin Ardéchois 25/09/2015 21:59

Nos deux derniers compagnons sous le Mézenc n'avaient eux pas d'énergie à perdre à discuter...
On ne saura jamais comment aurait fini l'épreuve, dont tu es pour longtemps le recordman de victoires. L'épisode de la maison des éclopés en attente d'ambulance et de lit d'hôpital à quelques centaines de mètres du podium sur lequel on t'appelait (et on en appelait une autre...) n'est pas le meilleur de la journée.
Je suis ta pratique et vois avec satisfaction que tu tournes bien actuellement...

Olive 25/09/2015 20:27

Oui je m'en souviens très bien , mais je retiens plus sur le fait que l'on était en course donc avec dossard et un classement au final ...... et toi tu me " vendais " ta belle Ardèche , tu servais de guide pendant l'effort !!! Je me souviens aussi que tu m'avais dit de vouloir reprendre la discussion au sommet du col de l'Ardéchoise car tu avais le souffle en peu court ...mais hélas un virage mal négocié de ta part m'a privé de ta présence sur le final de cette course et par ricochet un podium pour toi .......

Le Bourrin Ardéchois 25/09/2015 07:05

Merci champion! Nos sorties passées me sont souvent très éclairantes. Et sûr que les prochaines le seront encore. La première, tu te rappelles, l'accélération avant le Gerbier? J'aimerais bien qu'on arrive à skier ensemble cet hiver.