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Endurance en Montagne Ardéchoise

Libération au Pal

21 Septembre 2015 , Rédigé par Le Bourrin Ardéchois Publié dans #Sorties à vélo

Mon, ton, son Mézenc. Crépuscule.

Mon, ton, son Mézenc. Crépuscule.

J'ai toujours été attiré par les chiffres. J'ai toujours compté les marches des escaliers, estimé la hauteur des bâtiments, calculé le nombre de tours de pédale restant jusqu'au sommet d'un col. Au cours d'un exercice en fractionné, je sur-fractionne dans ma tête; il reste 3 des 10 intervalles, avec les 3/4 de celui en cours ça fait encore... 3/8 de l'exercice à haute intensité; tiens bon!

A l'âge de 5 ans, nous vivions dans une grande maison entourée d'un beau jardin. Pour encore 2 ans. J'avais plusieurs circuits de vélo autour de la maison. Petit, grand, moyen, mon passage répété vers l'infini avait fini par tracer de véritables sentiers. Je tournais. Parfois plus de 100 tours. Déjà, je comptais jusqu'à 100. Jusqu'à autant que voulu d'ailleurs, maîtrise du système numérique avant l'heure. 15 ans plus tard, étudiant, je grimpais le Col de Porte au départ tout proche de cette maison. Deux heures de pause méridienne sur le campus? Les autres allaient au Resto U ou au camion selon leur budget, je montais les 1095 m de dénivelée au départ de Lz Tronche, le sandwich prêt du matin pour le retour; 15,1 km, 15 temps intermédiaires cérébralement mémorisés. Pas une fois sans un petit détour pour passer devant la maison et sa vie qui m'avait tant marquée. Tu m'as tant manquée. Pas une fois je n'ai alors attaqué la grimpée les joues sèches.

Petit enfant, tournant, je calculais des distances par multiplications, passant ensuite aux divisions pour déterminer les vitesses moyennes, sur 1 tour, 3, 10, 50, via une soustraction sur l'horloge. Seul. Il y a certaines maîtrises non mathématiques que d'autres possédaient déjà et qu'il me manquent toujours. Du genre qui sont utiles quand on est plusieurs, deux, déjà, surtout ...

Grand enfant, je calculais la vitesse ascensionnelle sur les pentes sous puis contre le St Eynard, estimais ma puissance bien avant son entrée dans le monde du vélo.

J'adhère à la prime définition "l'intelligence est la capacité à résoudre un problème"... lorsqu'il se présente. Ainsi donc untel est intelligent dans une certaine situation, ne l'est pas dans une autre. Il l'est en un lieu, pas en un autre. A une certaine époque, savoir concevoir un biface était ainsi d'une grande intelligence, savoir s'en servir aussi. Savoir lier une relation de confiance avec le possesseur du deuxième savoir était une immense intelligence pour le possesseur du premier, et réciproquement. De nos jours, il est plus intelligent de savoir installer Ubuntu et se débarrasser de Windows que de savoir tailler un biface. Demain, ce pourrait bien être à nouveau le biface...

A 6 ans, on me mettait debout sur une table et me posait un calcul composé d'additions et de multiplication successives. Je répondais du tac au tac, sans faute. On me considérait comme intelligent. Ca flattait mon narcissisme, mais ne résolvait guère de mes problèmes.

Car j'en avais, comme tout un chacun.

Ne parvenant à trouver de solution aux essentiels, à 7 ans au plus essentiel de mon existence, et je n'ai guère progressé depuis, j'ai persisté dans le pédalage et ses mesures. Banales les deuxièmes, pas banal le premier. Même si, malgré tout, un peu bourrin, je-vous-entend-merci.

J'estime à 10 000 mon nombre d'exercices chronométrés au plus vite sur un vélo pendant les 45 ans qui ont suivi cette délicieuse année 1970. De toutes durées, de 5 minutes à 8 heures, le plus souvent avec des montées, les plus difficiles et les plus longues à disposition. Vous avez bien lu: 10 000 chronos. Et ce n'est pas terminé! Une poussée géologique engendrerait cette nuit une montagne de 9000 m devant chez moi, ceint du pied au sommet d'une route sortie d'une chapeau, que j'y baladerai dès demain ma bicyclette horloge sur le cintre. Putain le panorama!

Jusqu'alors, ça me permettait de fuir les problèmes que je ne savais pas résoudre. Pas très intelligent tout ça.

Avec toutefois des bénéfices physiques, sanitaires, psychiques. Certes incomplets...

Il serait faux de croire que mon intérêt sportif se réduisait aux chiffres. Par exemple, je ne suis pas heureux dans la montée de l'Alpe d'Huez. Même chronométrée. Trop de civilisation moderne sur cette affreuse autoroute enroulée le long d'une montagne laidement colonisée. A en croire le nombre de cyclistes la grimpant, d'un facteur 100 supérieur à celui de ceux escaladant le Col de la Croix de Fer quelques kilomètres à côté, ma préférence pour cette dernière montée est particulièrement singulière.

Car j'adore monter au Col de la Croix de Fer depuis l'Oisans. Au petit matin un jour de beau temps, c'est même une de mes plus agréables expériences à vélo. Départ avant l'aube, c'est encore mieux. Et le compteur en marche, l'effort tendu, ne réduisent en rien mon plaisir de l'harmonie avec la montagne.

Ma dernière Croix de Fer date. Trop.

Aucune montée de ma belle Ardèche ne vaut à mon sens celle versant sud de la Croix de Fer, la plupart d'entre elles dépassent celle de l'Alpe d'Huez.

S'il fallait choisir, mes préférées sont certainement du côté de la Borne depuis Pied de Borne et même les Vans et le Chassezac, rive droite ou rive gauche, habillée par les couleurs d'automne c'est encore mieux. Il y a la Vallée de la Drobie bien sûr, le Col de la Croix de Bauzon, la remontée de la Bézorgues. Et jamais je n'oublierai ces départs de Rosières en 2003, qui m'amenaient jusqu'à faire le tour du Lac de Charpal pour un retour en début d'après-midi, 260 km et 4000 m de dénivelée dans les jambes. Si fort j'étais. Je n'oublierai pas non plus les retours, la pause amicale, nos discussions. Nos discussions...

Par ses grandioses dégagements, sa sortie sur le Plateau, son ensoleillement, j'ai depuis de nombreux mois particulièrement envie de satisfaire mon attraction pour la côte remontant la Fontaulière de Montpezat jusque sous le Suc de Bauzon.

M'y revoici donc cet après-midi, en parcours chronométré, depuis-Labégude-il-faut-bien-compter-1h15-rien-que-ça. Le ciel est d'un bleu limpide, la lumière magnifie les monts et vaux ardéchois à me détourner le regard et la pensée des chiffres. La jambe tourne pas mal... jusqu'à ce que la pente se dresse à l'entrée de Montpezat. Devenue douloureuse, l'esprit encombré par un problème non résolu, je pose pied à terre. Encore!

Assis sur un muret, je l'affronte enfin. "La réponse est en toi!". 30 minutes sont nécessaires, soutenues par l'appel à une aide précieuse, très précieuse merci à toi l'ami je n'oublierai pas ta présence ces derniers temps. 30 minutes seul avec moi-même. Merci aux autres appuis. Toi samedi soir par exemple, ou toi ce matin. Ma gratitude vous était déjà acquise. Les amis, c'est chouette.

J'ai ma réponse. Elle était là, tout près. Dans mon âme, dans mon coeur. Evidente. Prendre des décisions, s'y tenir.

Maintenant je sais, maintenant je veux. La force d'une envie est celle d'une immense vague. Inarrêtable. Aucun barrage ne la contiendra. L'envie l'emportera. Tranquillement.

Je redescend, reprend mon élan, et c'est reparti. Le compteur déclenché, l'âme flottante. Les jambes font mal, ah bon? Les temps sont-ils bons? On verra en haut. Les sensations sont délicieuses.

Après 10 minutes de montée passe un ange. Merci l'amie. Merci.

Après 17 minutes le compteur s'éteint. Batterie épuisée. Anecdote.

Aucune douleur physique, aucune douleur mentale, la montée se passe dans un état de légèreté peut-être jamais connue à ce jour. Je vole vers la liberté. La Liberté. La réponse à la question était en moi. S'y tenir.

Ca commence aujourd'hui...

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Fred Chaize 22/09/2015 13:07

C'est bien comme ça que je percevais ton message. Plus d'une fois tu m'as fait me gratter la tête. Plus d'une fois je n'ai pas tout compris. Pas grave, te lire est tellement captivant et enrichissant! J'insiste, tu es une personne EXCEPTIONNELLE !

Le Bourrin Ardéchois 22/09/2015 15:32

Merci Fred. C'est une grande qualité que de savoir "se gratter la tête". Sans se la prendre, hein! Tu n'es pas assez proche pour tout comprendre, mais tu t'en rapproches. L'idée est aussi que dans chaque article, il soit naturellement dit quelque chose de non ordinaire, d'un aspect général qui donc ne porte pas sur moi. Que le corps de l'article porte en priorité sur l'auteur révèle souvent qu'il en a sur la patate. Ca n'a pas toujours été le cas par le passé. Confidence: j'aspire à la stabilité, j'aspire à un peu d'ordinaire.

Eric 22/09/2015 09:52

On dirait bien que tu as fait du chemin, et pas que sur le vélo. C'est bien.

Pour Spinoza, on est libre quand on a compris qu'on ne l'est pas. Qu'en dis tu?

Le Bourrin Ardéchois 22/09/2015 15:34

Un bon ce spinoza. Me voilà libre... de savoir enfin que je ne le suis pas.

Fred Chaize 21/09/2015 21:59

Bon, bien sûr je n'ai pas tout capté...J'espère juste que tout va bien. Tu es vraiment un gars exceptionnel !

Le Bourrin Ardéchois 22/09/2015 07:42

Merci pour ton attention. Mes articles sont des puzzles, individuellement comme collectivement. Dont les pièces sont d'autant plus accessibles qu'on me connait. Ainsi je m'y livre sans m'exposer, à qui veut bien entrer dans le jeu. On ne m'y trouve que par l'effort. Pas de facilité ici, il faut pédaler pour s'élever et alors tout s'éclaire. C'est comme dans la montée de la Croix de Fer. Le dur effort demandé jusqu'au Rivier d'Allemont trouve une première récompense par l'ouverture au premier monde de ce merveilleux univers, qui ne se donne pleinement qu'après avoir progressivement gravi quatre nouveaux paliers. Un peu le contraire de l'utilisation la plus répandue de Facebook: la plus grande pente, l'éphémère, l'exposition narcissique, le voyeurisme. Et même parfois la perversion. Certains vont jusqu'à y signifier après midi publiquement leur rupture amoureuse à celui qu'ils disaient intimement aimer le matin même. D'autres vont afficher leurs enfants en petite tenue aguicheuse. Entre "amis" devant tous, sans chiffre. (sens code à déchiffrer). Pas de ça ici. Je n'ai pas 150 amis, une quinzaine seulement, mais des vrais. Plus quelques dizaines de relation d'estime et de confiance. La préciosité n'est pas dans le nombre ni l'apparence; loin à l'ouest les précieuses ridicules!

Pattes Bleues 21/09/2015 21:13

J'ai tellement de choses à dire que je ne sais comment commencer mon commentaire.
D'abord que tu es unique, mais ça ce n'est pas une nouveauté. Qu'il y a pleins de contradictions autour de toi, je m'entends entre ce que tu es et ce que l'on peut penser de toi. Le Bourrin Ardéchois est en fait un mec plein de finesse et d'intelligence, je dirais même un Génie. Ta plume en est illustration. En plus de tes capacités physiques quantifiables que l'on connait, les intellectuelles sont impressionnantes.
Que dire d'autre ? Que la Croix de Fer par l'Oisans est aussi mon col fétiche, que j'ai déplié la carte Michelin pour confirmer que la montée vers le Suc de Bauzon est le dernier itinéraire que l'on a fait dans l'autre sens fin Août. ... Bon et tu n'as pas répondu à mon SMS de 15h06 pour ce Dimanche ?

Le Bourrin Ardéchois 22/09/2015 07:20

Merci. Que ceux qui pensent du mal de moi tournent leur regard vers des personnes plus à leur goût et vivent heureux! Pour les autres, bienvenue! Je connais parmi eux des uniques qui eux aussi m'impressionnent, par leurs qualités. Tu en fais partie.
Non, pas reçu ton SMS, changement de numéro. Et pourquoi pas la Croix de Fer dimanche? J'ai du retard à vivre. Si le temps perdu ne se rattrape plus, il reste du temps à gagner.