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Endurance en Montagne Ardéchoise

Mon Ventoux

15 Septembre 2015 , Rédigé par Le Bourrin Ardéchois Publié dans #Courses

Mon Ventoux

Deuxième jour de compétition samedi 12 septembre 2015. Comme le 5, au départ de Bédoin, déjà!, arrivée au sommet du Mont Ventoux, encore!

Un groupe de huit levriers méridionaux et un bourrin de labour ardéchois se dégage rapidement, notamment composé des sept grimpeurs méditerranéens Nicolas Philibert, David Swan, Norbert Ankri, Pascal Manderon, Ivan Schmitz, Olivier Boulan et Romain Fiard, et du local Jean-Pascal Roux, coureur complet au beau gabarit que j'estime entre 76 et 78 kg (tu précises, JP?), groupe qui passe à huit unités quand le cheval de trait lâche prise dès la sortie de Ste Colombe. Deuxième fois que je cède en course avant St Estève. En deux semaines, hum...

Au virage relevé marquant l'entrée dans le très dur, la douleur est trop vive pour ma volonté, je lève le pied et regarde les coureurs s'éloigner; si vite. Encore un kilomètre et j'abandonne. Le demi-tour est triste, morbide même, et de croiser des grappes de coursiers en plein effort ajoute à mon sentiment de faiblesse. Yeux baissés.

Bien sûr, j'avais dans la joie très lourdement chargé le pédalage d'un samedi à l'autre. Bien sûr, tous diront que ces gros volumes d'intensité et l'absence de récup' sont la cause de ma défaillance. Tous se tromperont. Tu insistes? Tu te trompes! Le physique de ce samedi était très au-dessus de celui du précédent. Grâce à ces charges qui, oui, toujours me réussissent.

Mais le cycliste n'est pas un robot musculaire, il a une tête pensante, des sentiments, un moral... Et le mental, comme on dit, était à plat. Quand alors vient le mal de jambes, le cerveau dit: stop!

Je n'ai pas beaucoup couru durant ma modeste carrière, disons 150 compétitions en 32 ans, mais quasiment que des belles, avec quelques petits résultats, des victoires même. Hors accident, ce renoncement est le deuxième. Le premier avait eu pour théatre ma belle Ardèche, lors du Tour du Canton du Cheylard en 2003. Malade, victime de vomissements, j'avais mis un point d'honneur à ne pas poser pied à terre avant le sommet du Col de la Scie. Plié par des douleurs ventrales mais regard haut. Hum...

Jamais de 1983 au 12 septembre 2015 je n'avais hors incident arrêté de pédaler dans une montée. En et hors course. Pas question! Hum...

C'est donc bien un événement qui s'est produit dans ma petite vie ce 12 septembre sur les pentes de cette montée ''pas comme les autres'', laquelle n'y est pour rien. Un événement dramatique tout personnel, dont toi lecteur tu te fous bien et c'est la vie. Une chute.

Rien de grave, ce n'est que du vélo...

Certes...

Quelle chance de pouvoir accorder tant d'importance à du vélo...

Certes...

Dans le genre folie des grandeurs, tant-qu'à-faire-dans-le-tragique-allons-y-franchement, je me suis souvenu de ce merveilleux film qu'est ''Dersou Ouzala'' de Akira Kurosawa, quand Dersou l'Aigle de la Taïga reçoit comme signe du destin de sa déchéance le fait de rater un geste pour lui trivial.

Le géant petit homme des immenses espaces sibériens de se laisser ensuite dépérir dans la dépendante oisiveté d'un appartement en ville.

Dersou Ouzala, un film exceptionnellement beau et enrichissant... Qu'un seul lecteur, toi ?, se régale maintenant de ce chef d'oeuvre du bienfaiteur réalisateur japonais et cet article sera réussi.

Mon petit drame s'est lui joué dans la solitude misérable d'un homme déchéant au coin d'un bois. Tout petit drame. La fin d'une époque.

Toute époque a une fin. Toute vie est infime, toute vie est immense.

Fin d'une époque... Début d'une autre...

Il me reste à faire.

Beaucoup.

Dans le sourire.

dans la joie.

Pour rendre cette époque belle et fructueuse.

En avant !

PS : ni résultats ni commentaires sur les perfs des copains cette fois. Déjà largement dépassé par le nouveau réseau social Strava, dédié à la performance et plus narcissique encore que le blog, nouvelle illustration du théorème ''il reste toujours une marge'', ces absences sur ''Endurance en Montagne Ardéchoise'' passeront aussi inaperçues que cet article. Si vous voulez vous tenir au courant, faites vite, le dit réseau social est par construction le royaume de l'éphémère. Lien social moderne... pschitt...

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Eric 18/09/2015 22:47

Oui, Bien sûr... Nous étions rentré tard des Arc 1950 où nous avions fait une sortie vélo et vous avions trouvé à l’hôtel la Tovière où vous aviez passé la nuit. Le matin je vous avez fourni la pompe à pied et je pensais monter tranquille avec vous à l'Iseran car vous aviez les sacs et la fatigue mais tu avais appuyé comme un sourd sur les pédales... Isabelle nous attendait au sommet avec une polaire pour toi et nous avions fait la photo devant le panneau du col.

Aujourd'hui, en soirée, nous avons fait l'ascension du Murier avec 8 accélérations d'1'15" pour moi et demain nous participons à la gentlemen des lacs de Lafrey.

Je n'ai pas courru cette saison mais je vais faire quelques courses pour préparer la montée du Murier. Dimanche il 'y a le Granier mais je suis de garde...

Pattes Bleues 17/09/2015 23:51

Bien sûr que le lecteur qui passe chez toi ne se fout pas de ce que tu nommes événement dramatique tout personnel.

... "Si vous traversez l'enfer, surtout continuez d'avancer"...

A bientôt Grand.

Le Bourrin Ardéchois 18/09/2015 12:07

Excellente citation merci.

Eric 17/09/2015 23:15

Salut Patrick,

Toujours une aussi belle plume...

Je te conseille la lecture de l'article "Le triomphe de la volonté" dans le numéro juillet aout 2015 de Sport et Vie qui explique que le pot des volontés n'est pas un puits sans fond.

Si tu étais moins exigeant, tu aurais surement pu finir sur un faux rythme dans un temps largement acceptable pour le commun des cyclistes.

Faute du film, tu m'as donné envie de lire le livre cet hiver... tout comme tu as ravivé mes envies de Stelvio, de Bonnette, de Gavia et de Motirolo... Tu as aussi suscité ma curiosité pour les montées du Timmelsjoch et de la Grossglocknerhochalpenstrasse.

Nous rentrons des Dolomites où j'ai eu une pensée pour toi en imaginant que vous débarouliez en train puis retour jusqu'en Ardèche à travers tout le massif alpin à la seule force des jarrets...

Tu trouveras les photos de notre périple sur notre blog.

Amitiés.

Eric

Le Bourrin Ardéchois 18/09/2015 12:06

Je vais me régaler des images des Dolomites... Tu te souviens de notre retour de là-bas via Val d'Isère? Avec une perf sac sur le dos sur l'Iseran...

Fred Chaize 16/09/2015 12:57

Houlaaaa, que de conclusions hâtives et négatives ... Ce qui ne tue pas rend plus fort, et d'après ce que je crois connaître de ta personnalité, nul doute que cet échec va te donner plus encore, l'envie de te faire mal à la gueule! Alors certes, on s'arrête de progresser un jour ou l'autre, il parait même qu'à un moment donné, on regresse (!), mais tout cela devrait se passer en douceur. Tes ressources morales et physiques sont exceptionnelles. Sinon, comment pourrais-tu grimper comme tu le fais en ayant une carcasse aussi lourde? Quand je repense à ce que tu as subi il y a quelques mois... Et au retour aux affaires que tu nous as produit... Franchement, si "fin d'une époque" il y a, la prochaine devrait continuer dans la même lignée. Le grand est loin d'être fini. Je ne suis pas inquiet...

Le Bourrin Ardéchois 18/09/2015 12:03

Merci.

Olive 15/09/2015 21:43

Te voilà tranquille pour les 32 prochaines saisons ;-) .....Quand la tête dit non c'est non ....dommage car la météo est aussi tes jambes pouvaient te donner un beau résultat une fois passé la tour .....

Le Bourrin Ardéchois 18/09/2015 12:02

Le vélo en course de côte est trop dur pour être pratiqué sans un bon mental. Ca va revenir.