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Endurance en Montagne Ardéchoise

Le Trail du Gerbier de Jonc

5 Avril 2016 , Rédigé par Le Bourrin Ardéchois Publié dans #Courses

Mont Gerbier de Jonc

Mont Gerbier de Jonc

Les prévisions météos formelles du vendredi soir sont confirmées par celles de ce samedi matin 2 avril 2016 avant l'aube: la pluie glaciale tombée toute la nuit qui perdure encore devrait cesser dans deux heures pour laisser place à des bourrasques du sud ne donnant des précipitations qu'en milieu d'après-midi. Le petit déjeuner savouré de pomme, banane, orange et pommes de terres (vapeur) accompagnées d'une délicieuse grande cuillère de purée de cacahuètes, c'est dans la confiance en les services de Météo France que je prends ma voiture en direction de St Martial au coeur de l'Ardèche.

Digeste, ce petit déj", et alcalinisant. Il y manque peut-être quelques protéines, mais l'effort sera quand même assez court. Tout comme l'insulinique, l'index glycémique est moyen, relevé par les patates mais atténué par la pomme et surtout l'oléagineux qui apporte aussi quelques toujours utiles bonnes graisses.

Jamais je n'ai couru aussi long, et seul un trail figure à mon tableau. Il s'agissait du Trail des Pelous il y a 6 mois, et je n'avais pas été à la hauteur loin de là.

A l'automne dernier, donc, sous un grand ciel bleu, l'épreuve comptait sur ma distance 14,5 km et 490 m de dénivelée positive (il y en avait une autre de 35 km). Jaouad Zéroual l'avait emporté en surclassement en 55'25, soit 3'49 au km.; waow!. Nicolas Loison avait pris la deuxième place en 1h04'14, soit 4'25 au km. Sur 223 arrivants, j'avais achevé le parcours dans le 214ème temps en 2h02'23, soit 8'25 au km. Vous avez bien lu! Seuls neufs participants plus âgés ou féminins étaient derrière moi, la plupart des plus âgés et des féminines étant devant moi, y comprises la majorité des plus âgées. Mais j'étais allé au bout.

Autant dire que l'humilité était de mise à l'arrivée sous la pluie glaciale sur le site de St Martial, bas sous la montagne qu'il allait falloir affronter à la force du jarret deux heures plus tard, à la montée et, plus effrayante encore, à la descente.

Pas plus que la veille et le lendemain, Météo France ne se sera trompé. Par bonheur, parce que le temps d'épouvante de vendredi et de dimanche, ce devait être quelque chose là-haut. Lundi a aussi été très mauvais, aujourd'hui mardi est annoncé pire! Bon point, ça dessalera les hautes routes pour les vélos. Les eaux doivent monter haut, en bas?

La fenêtre sèche s'ouvre enfin quelques minutes avant le départ des endurants du 35 km, qui verra le Cheylarois Raphaël Saboul l'emporter 2 minutes devant l'Albenassien Pierre Benet, après 3 heures de course sur un parcours d'exception qui me fait rêver. Elle s'étendra sur 9 heures, largement le temps que tout le monde en finissent sur les trois parcours, le tronçon court de 10 km étant gagné par le Lozérois Alexandre Brassac et, chez les féminines, mention spéciale, par la championne-fille-de-la-championne de la Montagne Fanny Roche (bravo aussi à la maman toujours performante).

Sur 20 km, c'est donc dans la joie du soulagement sec que nous démarrons à 10h. Ruisselant de partout, le terrain est trempé, boueux parfois, mais nous ne rencontrerons que peu de neige, type gadoue.

Un petit peu de plat le long du beau Lac de St Martial, et s'ensuit une longue et sévère montée de 7 km agrémentée de quelques redescentes. Jusqu'au pied du Mont Gerbier de Jonc, l'effort est très agréable sur une alternance de sentiers et chemins variés, souvent en sous-bois mais offrant aussi de beaux dégagements sur la Montagne de mes amours. Sérieux, chacun prend et tient son rythme, mais il est remarquable de constater la constance des différences personnelles selon les inclinaisons. Personnellement, plus ça monte, plus je suis à l'aise, et plus encore quand la pente devient si raide qu'elle contraint à la marche. Serais-je plus concentrique qu'excentrique? Sans contrepèterie ni autre jeu de mots, hé, ho!

Atteinte, la crête de partage des eaux Atlantique - Méditerrannée est longée sur 3,5 km d'une beauté à couper le souffle à ceux à qui il en reste, et c'est souhaitable car on n'est pas au bout de l'exercice. Avec mon mauvais pied, j'y perds du temps. Le "pied" est un terme qui caractérise le rendement du geste du coureur sur le plat, quand il s'agit de dérouler. Je n'ai pas un bon pied, et ça se voit, avec une grande tendance à m'écraser. Ce n'est pas faute de me concentrer sur les conseils bien connus: attaque légère vers le devant, griffe, épaules à la verticale du bassin, léger, pousser, léger, pousser... Hum... Dans la montée, je dépasse plutôt les autres, sur le plat, on me dépasse.

Dans la descente, on me dépasse plus encore.

Terrible est cette plongée vers l'idyllique Vallon du Pradal. L'inclinaison est de l'ordre de 30%, le chemin est jonché de pierres cachées sous un amas de feuilles spongieuses. Viser les pierres émergentes est d'autant plus délicat qu'elles sont souvent recouvertes d'une mousse verte très glissante que, surprise, j'ai la lucidité de trouver belle. Par moment, le chemin fait ruisseau, alors on tente d'en sortir pour le longer mais les arbres nous rejettent impitoyablement dans le sillon. Quelques bolides type sangliers dépassent à grande vitesse le bourrin empâté pour ne pas dire empoté et même englué.

Avant la dégringolade, ma vitesse moyenne était à 7'10 au kilomètre. Sur 12 km. Après 1 km de ce chemin de croix, elle est remontée à 7'23. Un comble! A vélo, j'avais l'habitude de voir la vitesse augmenter dans les descentes. A pied, la gravité même motrice est problématique. Quant à y récupérer des forces, ce n'est même pas la peine d'y penser, j'en sors éreinté!

S'ensuit une descente encore bien dure pour le vieux cheval, c'est-à-dire une descente correcte, sur large chemin caillouteux. Au contraire de la plupart de mes concurrents, je ne parviens pas à lâcher la bride. Ce qui n'empêchera pas le creusement de courbatures aux quadriceps qui trois jours plus tard me contraignent encore à marcher de guingois.

L'atteinte du fond de vallée est un soulagement!

Reste le final, une magnifique succession de montées et descentes sur de bons sentiers. Avec une bonne surprise: je suis bien. Alors je fonce. Avec mes moyens s'entend, hein! Le bourrin n'est pas devenu étalon, mais...

Mais il double. Enfin. Il s'amuse, il hennit. Se surprenant même à se dire que ce pourrait être plus long. Dans l'euphorie, parce que quand même...

Quand même, grande est la délivrance de l'arrivée. Dans une ambiance sympathique, je termine enfin un trail dans un état de non décomposition, à une allure de 6'45 au km qui me satisfait et me vaut, on s'en fout certes, une 70ème place sur 192 arrivants. 2h18'59 pour les 20,6 km et 920 m de dénivelée positive, soyons précis, c'est encore loin de NIcolas Loison cette fois vainqueur en 1h44'07, soit 5'03 par kilomètre. 38" de plus pour lui à la borne qu'aux Pelous, 1'40 de moins pour moi. Sûr qu'une grande partie de ma marge a été comblée. Vu d'où je partais...

Le Trail du Gerbier de Jonc

Petite statistique comparative basée sur les données Strava de mes temps au kilomètre et ceux de huit autres participants (Robin Ri, Yoan Pacquelet, Christophe Champenois, Gaël Poissonier, Arnaud Goudinoux, Maxence Bécourt, Fabien Astier, Roselyne Vergne).

  total 1/4 (montée) 2/4 (plat) 3/4 (descente) 4/4 (valloné) raidard final
le bourrin 6'45 7'49 5'54 6'02 6'31 11'59
moyenne des huit 6'23 7'26 5'13 5'27 6'38 14'13
écart +5,7% +5,2% +13,1% +10,1% -1,7% -15,5%

 

Et maintenant?

Reprise du vélo, fractionné sur home trainer en attendant le retour du soleil sur la Montagne. Et puis course à pied quand les jambes seront moins meurtries.

Un trail est en vue sur une distance similaire début juin toujours dans la Montagne Ardéchoise, et avant cela défense du titre aux 24 heures du Castellet cycliste par l'équipe reconduite des Stégosaures.

Tous les résultats du Trail du Gerbier de Jonc 2016

St Martial et son lac

St Martial et son lac

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Pattes bleues 05/04/2016 23:54

Tu prends contact avec la compétition en CAP, la conclusion c'est qu'il faut donc te tourner vers les épreuves spécifiques Kilomètre Vertical (KV), tu y glanerais peut être des podiums ? !

Avant le vélo, il ne faudra pas délaisser ton Challenge de Courses à Pied, ce résultat de Dimanche va te donner des ailes.

Beau résultat donc, et beau récit, comme d'habitude.

Le Bourrin Ardéchois 07/04/2016 07:47

Sur le Ventoux et à vélo, je gagne effectivement le challenge de la puissance absolue. Mais pas relative (au poids), proportionnelle à un chouia près au temps de montée. Effectivement, le KV de Chamaloc serait sympa à courir... Sûr que tu y ferais très fort!

Pattes bleues 06/04/2016 22:20

Euh et c'est qui qui gagne systématiquement, quand tu y es, le challenge de la Puissance ascensionnelle le jour de la montée annuelle des Copains du Ventoux ?

Pour les KV, il y en a un je crois maintenant à Chamaloc, c'est pas si loin (KV de l'Aiglette ?) en Octobre.

Pour le run montagnard, les beaux jours s'approchent...

Le Bourrin Ardéchois 06/04/2016 06:17

Merci. Le KV, j'adore (pour ce que j'ai fait tout seul), mais les courses sont malheureusement trop éloignées. Des podiums, certainement pas. Ce serait comme si un pilier de mélée de rugby gagnait une grimpée du Ventoux à vélo. Sûr que si je vivais au pied d'un sentier raide de 1500 m de dénivelée de d+, je le ferais très souvent.
Autre chose qui se fera: un beau run montagnard ensemble.

Yoan P 05/04/2016 22:44

Super récit, merci ! Moi je mise tout sur la descente d'habitude, mais la descente du Pradal à été terrible. A l'année prochaine (?)
PS: as tu remarqué les 2 bourrins qui accompagnaient les traileurs ?

Le Bourrin Ardéchois 06/04/2016 06:19

Des chevaux à quatre pattes, tu veux dire. Non, pas remarqué. Soit je n'étais pas lucide, soit ils n'y étaient plus à mon passage. L'année prochaine, j'adorerais être en condition pour le grand parcours, et le faire... On en est loin. Qu'un descendeur ait trouvé terrible la dégringolade me rassure un peu.

olive 05/04/2016 07:41

Alors mission accomplie ? Maintenant place aux belles balades vélo au chrono ;-)
J'ai pris un plaisir à te lire , merci !

Le Bourrin Ardéchois 05/04/2016 17:30

Bien dit. Que le soleil brille enfin chez nous et ça va chauffer!