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Endurance en Montagne Ardéchoise

Trois sorties entre Ardèche, Haute Loire et Lozère

9 Septembre 2016 , Rédigé par Le Bourrin Ardéchois Publié dans #Sorties à vélo

L'Allier à Chapeauroux

L'Allier à Chapeauroux

Quand Edith Piaf chante l'épopée, Edith Piaf est bonne

"Si tu ne peux faire de grandes choses, fais de petites choses dans la joie!".

1997 - 1998, ma période à Vallon-Pont d'Arc. Enseignement, amitié, géographie, climat, une belle année allongée d'un deuxième été. Un jour ensoleillé de printemps, une grosse boucle en solitaire, plus de 300 km de montagne allant virer aux Cols du Cheval Mort et de Charpal. Départ 6h, arrivée 16h, et les copains du Don Quichotte éberlués de constater une fréquence cardiaque au retour à 38 p/mn. Il y a 20 ans. Hier. Yéyé, Thomas, Wilfried, Fred, William, Nicolas, c'était sympa cette année...

J'avais alors découvert la Vallée du Chapeauroux, remontée intrégrale du village homonyme sur l'Allier jusqu'au premier col cité. Longue, 50 km, paisible, belle, de celles qui ont marqué ma vie sur un vélo. Viendra plus tard celle toute proche de l'Ance. La Montagne de Margeride entrait dans mon patrimoine cycliste.

Septembre 2016, parti de beaucoup plus près, c'est sur une distance de même pas la moitié que je vais retrouver cette verdoyante maîtresse sur laquelle le temps est sans prise, toujours aussi belle, toujours aussi sereine. Pas jusqu'a sa source, remettant à une autre fois sa partie terminale tout près du Signal de Randon pour tirer sous le perchoir de Châteauneuf de Randon, un peu moins vaillant, le rythme cardiaque plus haut, 54 p/mn au retour.

L'envie est moindre aussi, liée certainement à la condition physique. Laquelle n'est pas mauvaise, et permet encore une motivation appréciée.

L'aller s'était déroulé dans l'allégresse par le coin est de l'Ardèche dont je ne me lasse pas, via Coucouron et Pradelles, lieu de découverte en Haute-Loire d'une magnifique route en balcon ouest de l'Allier au-dessus de St Etienne du Vigan puis Rauret, le regard haut vers les préservés Monts Margeride. Etait ensuite venue la dégringolade vers les Gorges du grand affluent de la Loire, traversé dans mon petit paradis du Nouveau Monde où s'y jette le Chapeauroux. Porte d'entrée de la Lozère.

35 km de remontée en pente très douce le long du cours d'eau, quel beau contre-la-montre ça ferait jusqu'a Pont Rodier (1h19'32 ce jour, dont deux arrêts, faire mieux sera aisé), via Laval-Atger, Auroux, Chastagnier et Pierrefiche, et me voilà six cents ans après la guerre de cent (seize) ans sur les lieux du crépuscule devenu légendaire de la vie de Bertrand Duguesclin.

A l'Habitarelle précisément, on résiste à de faciles contrepetries, où débute mon retour par la peu fréquentée N88 (hors jours de départ et/ou de retour!).

Elle ramène en ligne expresse sur Langogne, pour un retour assez laborieux par la précieuse vallée de l'Espézonnette puis celle du Vernazon. 134 km et 1410 m de dénivelée, 30,6 km/h de moyenne, pas un exploit sur ce parcours mais beaucoup de joie.

Le Chapeauroux à Chateauneuf de Randon

Le Chapeauroux à Chateauneuf de Randon

Quand Bob Dylan fait du reggae, Bob Dylan est bon. Modernisée par un "artiste innovant", mouais...

Quel été on aura eu! Un ciel bleu d'azur neuf jours sur dix, de la chaleur (appréciable dans les montagnes), un vent somme toute modéré. Pour autant, la canicule prolongée dans la plaine n'aura pas fait monter grand monde sur le Plateau.

Bien entendu, il serait hasardeux d'interpréter des températures estivales élevées dans une toute petite zone de notre havre de vie, la planète, par un réchauffement global. D'autres se chargent de mesurer le climat un peu partout sur la Terre. Ecoutons-les: cette année encore, il s'est réchauffé, plus encore que prévu. Mon avis est clair: l'activité humaine en est responsable. Des évolutions biologiques sont en cours chez de nombreuses espèces, animales et végétales. Elles vont s'accélérer. Chez l'homme, ce réchauffement se traduira par de terribles dommages sociaux et sanitaires. Il y aura beaucoup de perdants, de rares gagnants.

Cet été, pas mal de gagnants ici haut. Par le petit bonheur répété de se mouvoir dans le plus simple appareil disons civilisé, juste vêtu de ce qu'il faut pour ne pas troubler la morale publique, certes variable. Par celui de profiter des cours et plans d'eau rafraichissants; la liberté, juste "sans emmerder ses voisins", comme le chantait l'unique Georges.

Par celui de promener le vélo sans souci météorologique dans notre belle Auvergne.

L'Allier franchie comme la veille au Nouveau Monde, je tourne le dos à la douce Vallée du Chapeauroux et aux terres jadis propriété de la famille Randon, pour opter plein nord vers le balcon est de l'Allier et celles des Mercoeur. Mais y grimper demande un dur effort: la Côte de Trémoul! Tu connais? Plus sévère encore et moins sympa que celle de St Christophe d'Allier, laquelle n'est déjà pas aisée, elle me contraint dix minutes à une vitesse inférieure à 10 km/h. Les prochaines fois, je reviendrai à la parallèle dégagée à l'aplomb de l'Allier pour sortir au nord de ce trou!

Une fois en haut, les montagnes russes vent dans le nez sont épuisantes et me voilà à Saugues déjà très entamé. A mi-chemin!

Heureusement que le vent va globalement m'aider pour le retour. Entre sa rencontre de face et celle de la Bête du Gévaudan, je choisirais... le vent! Hé! Toujours garder raison; la passion, hum...

Un clin d'oeil à l'Ance à Ancette qui vaut prise de rendez-vous, et le carrefour de Laval-Atger se présente. La fin est encore longue, qu'elle me soit maintenant classique prouve que ce pays est devenu mon Païs; un de plus! Le Lac de Naussac, toujours un plaisir, Langogne rejointe par une ruelle raide et cahoteuse pour un essai à ne pas reproduire, le détour n'est court-circuitable qu'avec dommages, l'Espézonnette, Lanarce, moins bien que la veille. 151 km, 2270 m, 27,0 km/h. Parcours du jour.

Saugues

Saugues

Sacco et Vanzetti ont été exécutés le 23 août 1927. Parce qu'ils étaient anarchistes? (c'est quoi, être anarchiste?). Un immense mouvement populaire n'avait pu l'empêcher. 90 ans plus tard, devenue Chelsea (là n'est vraiment pas la question!), Bradley Manning purge à 29 ans la quatrième des 35 années de prison auxquelles il a été condamné pour avoir alerté le monde d'actes criminels de l'armée américaine sur le territoire irakien non assumés par ses dirigeants. Déjà soumise à un "isolement carcéral maximal" (dénomination pénitentiaire états-unienne officiellement définie), dans des conditions qui ont été décrites comme cruelles, inhumaines et dégradantes par le rapporteur des Nations Unies sur la torture, ces conditions viennent d'être rendues plus dures encore suite à une tentative de suicide. Le "Pays de la liberté" interdit par la force la liberté la plus fondamentale. Car non, la peine de mort dite peine capitale n'est pas la peine ultime. La peine ultime qui est infligée à Chelsea Manning, c'est la peine de vie.

Roc de Fenestre

Roc de Fenestre

Quelques jours ont passé quand j'enfourche ma monture pour le dernier tronçon de mon tryptique dans le Gévaudan. Après le sud (est) et le nord (est), cap plein est pour aller franchir la crête des Monts Margeride. Aller voir derrière la montagne...

Vent debout, Langogne est là après 50 minutes, quelques paquets de secondes et sa station balnéaire de Naussac est à moi. J'y quitte la traditionnelle D26 qui, rehaussée il y a 40 ans, va survoler le lac via le barrage, pour enfin opter pour la somptueuse D34, voie qu'on imagine chargée d'histoires la plupart oubliées, avant, pendant et après la construction de 1976 à 1980 de la digue contrôlée de Naussac, sur les demeures englouties du village ancestral du même nom dont la submersion ordonnée pour l'intérêt collectif généra une importante résistance. La fonction principale de la retenue est la régulation de l'alimentation en eau de refroidissement de deux centrales nucléaires loin en aval. Il y en a d'autres.

Et de suivre la D34 sur les 2/3 de sa totalité, soit 30 km pour un voyage par Rocles, Chastanier, Le Cellier, St Jean de Fouillouse, la Baraque de la Motte et le Col des 3 Soeurs, où jadis, tragédie immortalisée, une fratrie féminine alla rejoindre prématurément le ciel dans la burle du secteur au retour d'un bal à La Villedieu qu'elles avaient rejoint pleines d'illusions sentimentales, chacune de leur Baraque, de la Motte, de Boislong, des Bouviers.

Là-bas en Margeride, les Baraques étaient des refuges, notamment contre la tempête blanche nommée Fournelo. Impossible de ne pas y songer en franchissant à 1452 m ce point bas de la crête. Même par chaude journée estivale, les lieux dégagent une saisissante impression de froid qu'on imagine glaçant aux très mauvais jours.

Changement de monde. Encore un nouveau monde. Certes la rupture n'est pas abyssale, mais gardons toujours à l'esprit que jusqu'à un passé pas si lointain, la plupart de nos ancêtres ne franchissaient guère de monts et de vaux leur vie durant. Ils n'y exportaient ainsi pas leurs moeurs, ni ne jugeaient celles des étranges, hé!

La Villedieu, je n'irai pas ce jour, délaissant la tout juste naissante Vallée de la Truyère pour très vite passer le Col de la Croix de Bor ramenant à celle de l'Ance. Très vite quittée, mais à bientôt, hein, pour basculer sur Grandrieu puis Laval-Atger. Plein pôt. Oui, oui, ça descend.

L'originale remontée de l'éperon entre l'Allier et la retenue de Naussac révèle mes premières fatigues. Très irrégulière comme je ne les aime pas, elle secoue le bestiau au gabarit bien loin de celui des caprins qu'on rencontre parfois voltigeant dans les montagnes. Reste que ce secteur de Condres, Ligeac et Sinzelles qui me faisaient de l'oeil depuis quelques temps valait le déplacement.

Par sa profondeur escarpée, la désescalade jusqu'au passage de l'Allier à Jonchères est assez effrayante.

Yapluka tout regrimper en face!

Je suis un peu là pour ça! Alors je savoure. Joncherettes, St Etienne du Vigan, Pradelles, Lafayette enfin; ouf, quand même, c'est presque fini.

Bien sûr il y a les remontées avant Mezeyrac, après Issanlas, il y a ces gravillons sur goudron mou en quantités jamais vues cet été sur le Plateau.

Mais les figues gardées au frais et de la belle myrtille sont les plus belles récompenses après ce nouveau périple dans ce Gévaudan adoré.

Des chiffres? Le parcours est mesuré par géolocalisation par satellite!

Dis Olive, tu te rappelles des lieux? Tiens, Grandrieu, 8 heures, on y cherchait de quoi s'offrir un petit déj' brioché, voire panifié ou biscuité. Deux boutiques ouvertes: tabac, spiritueux! Il sera d'autant plus apprécié et mémorisé à Langogne!

Quand Hugues Aufray chante Dylan, Hugues Aufray est bon

On rencontre de beaux bestiaux en Margeride

On rencontre de beaux bestiaux en Margeride

Voyages avec un vélo autour du point de partage des eaux des bassins de la Méditerrannée, de la Loire et de la Garonne

Voyages avec un vélo autour du point de partage des eaux des bassins de la Méditerrannée, de la Loire et de la Garonne

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Patricia 30/11/2016 09:34

A la lecture de cet article, je réalise combien ton écriture m'avait manquée....enfin pas que l'écriture, le voyage que tu fais entreprendre à tes lecteurs dès qu'ils s'aventurent à te lire. Et puis aussi te suivre sur tes coups de gueule - yessss, Manning, Sacco et Vanzetti - et coups de coeur (The Ballad de Joan Baez, une des plus belles chansons jamais écrites/chantées)....yep le vélo imaginaire dans ta roue est une aventure plus que salutaire de l'esprit et du coeur.....et ça fait sacrément du bien !!

Le Bourrin Ardéchois 01/12/2016 18:35

"Jouissons de la vie, il est plus tard que nous le pensons". Dans l'effort, choisi, sans compromis avec l'honneur.

Eric 23/09/2016 14:57

Salut Patrick,

Nous serons en Ardèche au col du Serre de la Mure ( http://www.cyclolavoulte07.fr/ ) le dimanche 9 octobre...

Nous espérons te croiser.

Amitiés.

Isabelle et Eric

Le Bourrin Ardéchois 27/09/2016 21:28

Guère de chance, et c'est bien dommage. Merci pour l'info pour cette nouvelle course...

Eric 16/09/2016 20:54

Salut Patrick,
Dimanche, avec Isa, nous participons à la grimpée du col de Tourniol... Si cela te tente, ou une petite sortie au Limouches où ailleurs ?

Cela serait un plaisir pour nous...

@+.

Eric

Le Bourrin Ardéchois 27/09/2016 21:27

Je lis maintenant. Ordinateur en panne, manque terrible de temps...

Pattes Bleues 13/09/2016 06:05

... 2017, pour un article aussi riche, mais avec les 2 montrueux protagonistes dans le récit. Cela me manque aussi la narration de vos chevauchées fantastiques en duo, qui via vos blogs m'ont finalement amené à vous connaître pour de vrai :) .

Le Bourrin Ardéchois 13/09/2016 06:22

Fidèle lecteur, Pattes Bleues. En duo ou en trio, voire quatuor si Eric ne lâche pas trop le manche, parce que tu es depuis devenu un sacré baroudeur. D'ailleurs, l'année n'est pas terminée. Donnez-moi votre week-end dans ceux à venir pour un 400 bornes que je vous promets royal dans les Cévennes aux feuilles d'automne...

Olive 11/09/2016 15:49

Oui " Grand " je m'en souvient très bien et cela me manque ! Mais j'ai toujours des vélos à promener ;-)))) Rendez vous en 2017 ?

Le Bourrin Ardéchois 11/09/2016 16:24

Oui!